Microbiote Les fabuleux pouvoirs du ventre

Longtemps méconnu, le microbiote, ou flore intestinale, dévoile ses secrets et mobilise des milliers de chercheurs dans le monde. Il laisse espérer une révolution scientifique.

Giulia Enders venait montrer au grand public le fonctionnement, incroyablement sophistiqué, de ce « deuxième cerveau », qui abrite en son sein plus de bactéries que notre corps compte de cellules. Et, tout à coup, parler caca, pets et constipation n’était plus tabou. Car il faut savoir qu’il n’y a pas d’alternative : pour étudier le microbiote, il faut s’intéresser à nos déchets.Lire la chronique : Faire de l’exercice stimule aussi notre microbiote intestinal

« Comprendre le microbiote, c’est expliquer la bonne santé, ou la maladie », pose en préambule le film que Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade – couple de documentaristes connu pour ses réalisations sur la santé – consacrent à ce sujet très à la mode.

Si l’on sait aujourd’hui avec certitude qu’il existe des liens entre l’équilibre de nos bactéries intestinales et certaines maladies auto-immunes, l’obésité ou encore le diabète, les scientifiques ont aussi mis en évidence un fait préoccupant : notre microbiote s’appauvrit à une vitesse alarmante, notamment dans les pays industrialisés. En cause : la surconsommation d’antibiotiques – qui font table rase dans l’intestin –, la banalisation des césariennes – qui privent le nourrisson des bonnes bactéries de sa mère –, une consommation de fibres insuffisantes et le rôle néfaste de certains additifs alimentaires.

Promesses thérapeutiques

Le documentaire va au-delà de ces explications, déjà relativement bien connues du grand public, pour montrer qu’une meilleure prise en compte des spécificités du microbiote de chaque malade permettrait, dans certains cas, de faciliter la guérison de maladies coriaces. Y compris d’affections aussi complexes et graves que le cancer.

Les promesses thérapeutiques du microbiote sont donc particulièrement intéressantes, à l’heure où les antibiotiques perdent en efficacité et où la médecine bute face à certains maux.

Le documentaire s’intéresse évidemment, dans une séquence pleine d’humour, aux « transplantations fécales », ces greffes de microbiote qui permettent de sauver des malades de l’intestin. On y apprend que cette méthode simple et bon marché est de plus en plus utilisée pour traiter la prolifération de la bactérie Clostridium difficile, à l’origine de 30 000 décès par an aux Etats-Unis.

On y apprend aussi que ce nouvel eldorado est en train de faire naître une filière : c’est ainsi qu’un jeune diplômé du Massachusetts Institute of Technology a créé une… banque de crottes ; Open Biome, c’est son nom, est une organisation à but non lucratif ; elle paie 40 euros les selles pour préparer des traitements contre Clostridium difficile. Attention, la sélection des candidats est drastique…

Cet agréable documentaire plaira aux mieux informés comme aux néophytes et intéressera un jeune public. S’il prend soin de mettre en garde contre la tentation de voir dans la greffe de microbiote un remède miracle, il montre aussi que la médecine pourrait réaliser, grâce à la richesse de nos intestins, des avancées majeures.

A voir absolument… 🙂

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